Éditions Allia

Amandine Glévarec – Cher Gérard, je suis ravie de vous rencontrer, d’autant plus que vous avez plutôt la réputation d’être un homme discret. C’est une volonté de vous tenir quelque peu en dehors du monde littéraire ? 

Gérard Berréby – Avant tout, c’est par convenance personnelle, cela correspond à mon tempérament. Je n’ai absolument aucune envie de bousculer ma tendance personnelle. 

A. G. – Serait-ce aussi une posture d’éditeur de se dire que l’intérêt est de mettre en avant les livres, et de ne vous voir que comme un passeur ? 

G. B. – Je ne crois pas car dans une posture il y a une dimension spectaculaire, une dimension de représentation dans laquelle le paraître prime sur le reste, et pour moi ce n’est pas du tout le cas. Je ne peux pas être à la fois juge et partie. Je fais des choses, je les fais à ma guise, avec mes propres moyens, et je peux difficilement commenter ce que je fais. Si cela est perçu comme de la discrétion ou comme mystérieux, secret, bizarre, je suis d’accord, je ne suis contre aucune opinion. Mais ce n’est pas à moi de commenter les commentaires sur mon travail, sinon on n’en finirait pas. Je fais les choses car je pense que je dois les faire ainsi, mais je ne donne pas de leçons, je ne veux surtout pas avoir la responsabilité d’être un modèle. Ce qui compte le plus pour moi est ce qui est rendu public dans ce que nous faisons, ce que j’anime, coordonne ou dirige.

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Rocambole

Amandine Glévarec — Bonjour François, pourriez-vous vous présenter ?

François Delporte — J’ai 29 ans et j’ai un parcours somme toute assez classique : DUT GEA, école de commerce de Montpellier puis l’emlyon, je me suis ensuite spécialisé en finance d’entreprise. J’ai d’abord travaillé en fonds d’investissement Impact social, puis je suis passé de l’autre côté de la barrière en devenant responsable financier d’une start-up dans laquelle on voulait investir. Je me suis rendu compte qu’avec le cash, on ne pouvait pas régler tous les problèmes, j’ai vu l’envers du décor. Alors je suis parti 18 mois au Benelux faire de la tech chez IBM, dans le Graduate Program, puis j’ai définitivement cédé aux sirènes de l’entrepreneuriat.  

A. G. — De quelle manière, concrètement ?

F. D. — J’ai rencontré Camille en 2018. Je venais d’entrer chez IBM, elle travaillait dans l’édition numérique et la littérature, et venait de développer une interface pour aider les enfants atteints de troubles de la lecture. Cette année-là, une étude du CNL a révélé que 69 % des Français aimeraient lire davantage. Ce chiffre a en quelque sorte scellé notre destin. Elle connaissait bien ce domaine et, à mon niveau, j’avais très envie d’entreprendre. 

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Le Nouvel Attila

Amandine Glévarec  — Première question : comment devient-on éditeur ?

Benoît Virot— Un peu par hasard. Les meilleures choses qui me sont arrivées dans ma vie d’éditeur, à commencer par les premiers choix, stratégiques et éditoriaux, se sont produites sans que je ne les dessine, sans que je ne les prévoie. Ma vocation, depuis l’âge de 6, 7 ans, était de devenir journaliste, en tout cas de créer un journal. J’avais vraiment la tête, au sens propre, plongée dans les pages de Libération que mon père ramenait le matin et, au sens figuré, dans des projets de création de journaux. Selon les âges, c’étaient des journaux de quartier, puis de lycée, puis j’ai eu un projet de revue politique et artistique, à 18 ans, à mon arrivée à Paris. Celui-ci n’a pas abouti, mais l’idée de devenir une sorte de courroie de transmission est restée gravée en moi, comme celle d’investir un media : si je n’avais pas été journaliste, j’aurais voulu devenir programmateur de cinéma ou publicitaire, ou publiciste.

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