Éditions Metropolis

Amandine Glévarec – Chère Marie Hasse, pourriez-vous dans un premier temps vous présenter et nous parler de votre parcours ? 

Marie Hasse – Mon parcours n’a rien à voir avec ce qu’on appelle les « métiers du livre » : licence de lettres classiques, master de philosophie, études théâtrales… et, surtout, la passion de lire.

En fait, je suis née de parents enseignants qui ont eu à cœur de me donner très tôt les armes de la culture pour affronter l’existence. Mais ça n’a pas été chose facile pour eux ! Impossible, par exemple, de me faire lire des livres pour enfants. Et ne parlons pas de la bande dessinée à laquelle j’étais littéralement allergique ! Et puis un jour, j’avais peut-être douze ou treize ans, voilà que je tombe sur un livre « de grande personne ». Et que je l’ouvre à la première page. Et, là, je tombe dans un gouffre. C’étaient Les Confessions de Jean-Jacques Rousseau. Tenez, écoutez :

 Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme, ce sera moi. Moi seul. Je sens mon cœur, et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j’ai vus ; j’ose croire n’être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. 

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L’Œil ébloui

Amandine Glévarec — Peux-tu nous expliquer comment on devient éditeur ? 

Thierry Bodin-Hullin — Je suppose qu’on devient éditeur par passion, même si c’est une réponse qui peut paraître un peu bateau. J’ai toujours baigné dans le livre, depuis tout jeune, depuis l’école, et j’ai toujours eu envie d’étudier la littérature, d’écrire. J’ai d’ailleurs commencé très tôt, vers 12 ans. J’écrivais beaucoup de poésie, des récits, des contes, des petits journaux que je faisais à la maison. J’ai fabriqué mes premiers livres avec mes frères, quand j’étais petit, sur des feuilles doubles. On faisait chacun un petit journal interne, qui était lu par trois personnes, en l’occurrence eux et moi. Un de mes frères avait fondé Les Petits potins, moi, Le Triangle bleu. Je touchais déjà la matière, je créais du contenant. À la même période, ma marraine m’a offert une machine à écrire pour mon anniversaire, c’est sans doute un des plus beaux cadeaux que l’on ne m’ait jamais fait. À partir de ce moment-là, je pouvais commencer à faire de la mise en pages, dessiner, relier… On peut donc dire que c’est une passion de jeunesse. 

Par la suite, j’ai entamé des études littéraires, toujours absorbé par la lecture, l’écriture et le monde du livre. À 25 ans, j’ai pensé à être libraire. J’ai donc fait une étude de marché et je me suis aperçu que ça ne rapportait pas grand-chose d’être libraire, dans les années 80. Encore aujourd’hui, me diras-tu. À l’époque, je vivais à Paris. Toujours est-il que le projet est resté à l’état d’ébauche. Après mes études littéraires, je suis devenu enseignant, puis, peu enclin à poursuivre l’enseignement, j’ai eu l’opportunité de travailler en faveur des publics en difficulté. J’ai œuvré pendant 35 ans dans la sphère des politiques publiques d’insertion, de formation et d’orientation auprès des jeunes en situation d’échec, des demandeurs d’emploi et des salariés. Mais la lecture a toujours été présente et les vieux démons ont fini par se manifester à nouveau. Il se trouve qu’un de mes amis m’avait fait lire son manuscrit. Je l’avais trouvé très bon, mais il ne trouvait pas d’éditeur intéressé et ça m’a un peu fait gamberger. Je lui ai proposé de monter une maison d’édition qui permettrait de donner vie à des manuscrits qui ne trouvaient pas preneur, qui serait en quelque sorte une maison d’édition pour premiers romans. Nous en avons parlé à plusieurs personnes de notre entourage, qui ont adhéré au projet. C’est ainsi que sont nées les éditions L’Escarbille, sous la forme associative, le concept étant donc d’éditer exclusivement des premiers romans. 

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Le Nouvel Attila

Amandine Glévarec  — Première question : comment devient-on éditeur ?

Benoît Virot— Un peu par hasard. Les meilleures choses qui me sont arrivées dans ma vie d’éditeur, à commencer par les premiers choix, stratégiques et éditoriaux, se sont produites sans que je ne les dessine, sans que je ne les prévoie. Ma vocation, depuis l’âge de 6, 7 ans, était de devenir journaliste, en tout cas de créer un journal. J’avais vraiment la tête, au sens propre, plongée dans les pages de Libération que mon père ramenait le matin et, au sens figuré, dans des projets de création de journaux. Selon les âges, c’étaient des journaux de quartier, puis de lycée, puis j’ai eu un projet de revue politique et artistique, à 18 ans, à mon arrivée à Paris. Celui-ci n’a pas abouti, mais l’idée de devenir une sorte de courroie de transmission est restée gravée en moi, comme celle d’investir un media : si je n’avais pas été journaliste, j’aurais voulu devenir programmateur de cinéma ou publicitaire, ou publiciste.

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Éditions Emmanuelle Collas

Logo Emmanuelle Collas

Amandine Glévarec Emmanuelle Collas, pouvez-vous nous expliquer comment tout a commencé ? Quelles études avez-vous suivies, quelle était votre appétence pour la littérature, quand vous étiez jeune ?

Emmanuelle Collas J’ai suivi des études de Lettres classiques. Je voyageais dans ma tête. Je passais ma vie à lire, pas seulement de la littérature, de l’Histoire aussi. Je suis historienne de l’Antiquité, maître de conférences en histoire grecque. J’ai travaillé essentiellement sur la partie orientale de la Méditerranée du IIIesiècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère, ce qui nous entraîne de la Grèce, l’Asie mineure à la Syrie puis l’Égypte jusqu’à la Cyrénaïque. À l’époque, on y parlait le grec. C’est comme ça que, pendant ma thèse, j’ai parcouru l’Orient, notamment l’Asie mineure, où les pierres sont très bavardes. Ma spécialité, c’est l’épigraphie, à savoir le déchiffrement des inscriptions – qui n’est d’ailleurs pas sans rapport avec le métier d’éditeur. Dans les inscriptions, on rencontre des personnages connus ou non, dont on ne sait pas tout car il manque souvent des passages. Il faut alors travailler par recoupements. Quand un mot fait défaut, il faut le trouver. Plus on aura de matériau du même type dans la tête, plus on aura de la matière pour dresser le parcours d’un individu, son destin, l’histoire de sa cité. Et mieux on pourra évoquer et comprendre les relations des cités entre elles ou avec d’autres puissances dominatrices. En effet, dans l’Orient hellénistique ou romain, le monde politique est en perpétuelle transformation. Les cités grecques n’ont jamais été totalement indépendantes, notamment en Asie mineure. À partir de la fin du IVe siècle, elles perdurent mais dans un monde dominé par les différents royaumes hellénistiques, puis, à partir du 1er siècle avant notre ère, par l’Empire romain. Je me suis beaucoup intéressée aux relations entre ces cités, la communauté qui les constituait et ses relations avec la puissance qui la dominait, en m’attachant à comprendre l’évolution des institutions et des mentalités. Ainsi, que ce soit à partir de sources épigraphiques, numismatiques, archéologiques ou littéraires, on raconte des histoires d’individus, des destins particuliers d’une époque ou d’une autre, on dépeint une société, une culture, et tout cela a quelque chose à voir avec nous. De la même façon, on peut interroger, comme je le faisais dans la recherche, les notions de filiation, de citoyenneté, d’exil, de mémoire, de crise ou de risque.

Et c’est ce que je continue de faire en tant qu’éditrice. Le catalogue de Galaade ou des éditions Emmanuelle Collas a quelque chose à voir avec ce parcours. Entre le littéraire et le politique, on y retrouve des thématiques ou des problématiques similaires : la relation entre l’individu, la communauté, le monde. Comme quoi, peu importe l’itinéraire, on n’échappe ni à ses obsessions ni à ses convictions. Continuer à lire … « Éditions Emmanuelle Collas »

Éditions L’Iconoclaste (collection non-fiction)

Iconoclaste

Amandine Glévarec ‒ Charlotte Rotman, pouvez-vous retracer votre parcours ? À 23 ans, vous entrez à Libération, aviez-vous fait une école de journalisme ?

Charlotte Rotman ‒ Non, j’ai d’abord suivi des études d’histoire et j’ai fait Sciences Po. À 23 ans, il y a 20 ans, je suis effectivement entrée à Libération pour effectuer un stage d’un mois et je ne suis plus jamais repartie. J’étais au service « société » quand un journaliste a rejoint le journal Le Monde. À ce moment-là, on était « rubricards », spécialistes d’une matière, et j’ai pris la suite de ce journaliste qui s’occupait des questions d’immigration et d’asile. Aujourd’hui, quand un journaliste s’en va, il n’est pas remplacé, la plupart du temps. C’était une autre époque. C’est comme ça que j’ai débarqué à Libération, le journal dont je rêvais, moi qui pensais qu’il me faudrait toute une vie pour y arriver. Finalement, j’y suis parvenue alors que je n’étais qu’un « bébé » dans la profession et j’y suis restée un peu plus de 14 ans. J’ai suivi les questions d’immigration, d’asile, j’ai tenu une rubrique un peu « fourre-tout » sur la famille, le féminisme, la PMA, le mariage homo, bien avant la loi. Les dernières années, je travaillais au service « politique », en n’oubliant pas que je venais de la « société », du reportage, en prenant garde, aussi, de ne pas m’enfermer dans les travers du journalisme politique, comme organiser des déjeuners pour tenter de choper des petites phrases à la volée. J’ai fait des reportages, notamment sur le Front national. Ce qui m’a amenée régulièrement sur le terrain, pendant deux ans, pour rencontrer des militants FN dans le Nord, le Var, dans l’Ouest, un peu partout. C’était après la présidentielle de 2012, quand le FN s’organisait, s’implantait localement pour devenir une force politique plus viable. C’est une période où ce n’était plus tabou d’être au FN, ce qui a constitué une bascule. C’était très enrichissant. Continuer à lire … « Éditions L’Iconoclaste (collection non-fiction) »