Sidonie Bazin

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« C’est comme s’il n’y avait plus que les textes et toi. » C’est ce que m’a répondu ma fille lorsque, pour préparer ce petit texte, je lui ai demandé de me décrire quand je travaille. Ce qui prouve bien que la correction, c’est une affaire entre un texte et soi.

Corriger, relire, réécrire, c’est un constant aller-retour entre le mot et ce que je sais de lui, de sa forme, de son sens, de son histoire, de son rapport aux petits copains d’à côté. Je sors le mot de son écrin, je le redépose. Il est important que les virgules soient bien à leur place, car ce sont elles qui donnent le tempo, que le temps soit bien accordé comme une guitare. De la phrase on passe au sens général, à la cohérence du texte, et puis on vérifie les espaces, un peu comme au tricot, insécables ou pas, les guillemets de la perfide Albion ou ceux de l’imprimeur Guillaume, bien accrochés, jouant avec le point final, les noms propres tout propres, les italiques qui courent bille en tête… On enlève plein de majuscules prétentieuses, des traits d’union qui ne servent à rien, etc. Entre-temps le marathon commence, j’ouvre un dico, je fais claquer les pages, je râle, je cherche mon petit mémo pense-bête, je consulte la charte du client… Corriger, c’est vérifier et entrecroiser les infos, faire appel aux copines correctrices, aux copains, au sujet d’un doute, d’une hésitation : Robert, Larousse, Jouette, Bescherelle… J’ai été libraire 22 ans, dans mon jeune temps, alors j’ai une bibliothèque assez bien fournie… Et puis pendant longtemps je n’ai su faire qu’une seule chose : lire. Cela a sûrement affûté mon regard sur les textes, entraîné mon oreille sur la musicalité des phrases.

La correction consiste aussi à se poser plein de questions, à douter, à débusquer le diable dans les détails… Ce que je dis là est un peu caricatural, mais c’est pour expliquer que c’est comme si on bichonnait une belle voiture et ses points de suspension, en somme, avant que quelqu’un ne monte dedans pour un voyage sans accrocs. On répare, on change des pièces, on dorlote, on soigne. On est le dernier relecteur, et le premier lecteur avant parution… Oui, c’est un privilège…

J’ai fait la formation de correcteur auprès du Centre d’écriture et de communication à Paris. On y apprend les signes de correction, on révise plein de notions un peu oubliées. Mais comme tout apprentissage, c’est une fois sur le terrain que j’ai appris. En marchant sur les coquilles… en me prenant les pieds dans les cadratins, et en balayant entre les lignes…

Il y a dans ce métier quelque chose qui s’apparente au travail d’écrivain, de traducteur, à de la plongée en apnée. C’est une thébaïde avec l’électricité, Internet, et du café…

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